«Ma nièce, tu n’avais pas à être mon amoureuse»

Dans la tête d’un pédophile

Pardon Alice, ou les regrets d’un pédophile qui a abusé de sa petite nièce

 

Alice, il y a longtemps que je me soigne. D’abord, j’ai été puni, comme un enfant. Depuis, ils me traitent en adulte, ils tentent de me faire comprendre qu’entre toi et moi, il y a un monde, un âge, des frontières qui ne s’abolissent pas. Il y avait mon plaisir qui n’était pas le tien, même si tu ne disais rien, même si tu m’aimais bien.

J’ai vu un chat qui courait après une souris l’autre jour, il l’attrapait, la relâchait, la reprenait quelques mètres plus loin, la laissait s’échapper à nouveau. Il jouait, clairement. Elle, pas. Elle était de plus en plus faible dans sa course, terrorisée, sonnée, bientôt achevée. J’en ai chialé. Pardon Alice. Ma petite nièce, tu n’avais pas à être mon amoureuse, ma compagne de jeux, ma jumelle. Pardon Alice. Je ne te ferai plus jamais de mal, ni à aucune autre, mais je rêve encore à ton odeur, à ton adorable corps, tes petites mains autour de moi, qui allaient et venaient, «c’est rigolo tu ne trouves pas? Continue encore un peu, tu verras, ce n’est pas fini». Tu continuais mais tu ne trouvais pas ça très drôle, alors ensuite, pour compenser, on jouait à faire des fleurs en papier, on inventait des recettes de gâteaux à faire goûter à ta maman, une fois qu’elle reviendrait te chercher. Tu as fini par lui dire que tu n’avais plus très envie que je te garde les mercredis après-midi. Et je me suis retrouvé en prison un moment. C’est dur de ne pas te revoir sourire, entendre ta voix, ne serait-ce qu’au loin. Peut-être dans quelques années, lorsque tu auras 18 ans? Que tu seras devenue une femme? Je t’aimerai encore, alors, Alice, d’un bel amour, sain, «adapté» comme ils disent. Et je pourrai te dire que je regrette.

Je ne vois plus d’enfants. Je ne vais plus dans les parcs, je n’enseigne plus à l’école enfantine. Tu étais ma préférée, mais d’autres me troublaient aussi. Maintenant j’instruis des Kosovars désireux de s’intégrer. Des durs, grands, musclés et poilus. J’aime bien, je me sens en sécurité parmi eux. Il y a aussi quelques femmes, certaines sont jeunes, il y en a une toute menue qui me fait penser à toi, elle a des cheveux d’ange, blonds, fins, ceux d’une enfant. Je n’ose pas l’aborder. J’ai peur qu’elle ravive mes désirs, mes pulsions, elle vous ressemble tant. Le thérapeute dit qu’au contraire, ça pourrait m’aider à passer à une «sexualité d’adulte». Je ne suis pas sûr. Mais j’ai accepté de lui donner des cours particuliers. Je vais passer du temps avec elle, lui faire lire de beaux romans, la photographier, peut-être, si elle me laisse. Tu te souviens des photos d’Alice que faisait Lewis Carroll, dans ce livre que tu aimais bien? On avait chacun notre Alice, lui et moi. Je me suis toujours identifié à Carroll plutôt qu’à Marc Dutroux. Je ne voyais pas où était le mal, après tout, on était de la même famille, le même sang coulait dans nos veines, on ressentait les mêmes choses. Maintenant je sais que non, petite Alice. Mais ça ne suffit pas à faire de moi un homme guéri. Un ancien alcoolique fuira les bars. Un amoureux éconduit évitera de revoir l’objet de son désir. Un pédophile repenti se détournera des enfants. C’est ainsi. En auras-tu un jour, des enfants? Je ne les garderai pas les mercredis. Tu leur diras qu’ils ont un grand-oncle un peu taciturne, que les gamins, ce n’est pas vraiment son truc.

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