DANS LA TÊTE DE GEORGE CLOONEY

«A défaut d’amour, la reconnaissance»

Mélanie Chappuis s’est glissée dans la peau de George Clooney qui vient d’épouser l’avocate Amal Alamuddin


Amal, ma sublime épouse, c’est parti. On est une équipe maintenant. C’est ensemble que l’on va s’élever, encore plus haut, for people’s sake. Devenir le couple sauveur de l’humanité, au moins consolateur, les beaux, les bons, les justes. Le cinéma et le droit humanitaire sont des pas, de grands pas vers plus de justice, mais l’action véritable passe par la politique.

J’ai assez joué la comédie, un sourire séduisant, une pincée d’autodérision, un port de tasse exquis, j’ai assez organisé de soirées mondaines en faveur du Darfour ou des victimes de Katrina, ça ne suffit pas, ça ne suffit plus.

Tu as épaulé Kofi Annan, plaidé en faveur d’Assange ou Timochenko, tu défends des causes qui me tiennent à cœur, tu t’es fait connaître dans les milieux qui me sont encore hermétiques, ça ne suffit plus non plus, mais c’est un bon début. Unissons nos forces! Jusqu’à ce que le monde soit meilleur. Jusqu’à ce que ça me donne envie d’unir nos corps. Amal, ma belle Amal, je t’aime, ça fait plaisir à mes parents et ça permet de se rêver président. Amal ma belle Amal, si seulement je pouvais aussi te désirer.

Brad n’était pas là, à notre mariage, pourtant tu as tout pour t’entendre avec Angelina, et moi je souffre de ne pas être entouré de mes potes. Brad m’aurait souhaité une union d’amour et de désir, de celles qui ressemblent à la sienne, où l’on fait fructifier les fréquentes copulations, où l’on brasse races et continents pour un nouvel ordre mondial à l’échelle familiale. Nous, nous n’aurons pas le désir fou mais notre nouvel ordre sera régional, national et international au final. C’est mieux, non? A trop aimer son conjoint, ses enfants, on néglige le reste de l’humanité.

Nous on s’aime assez pour avoir envie de s’offrir au monde. En guise d’amour, nous aurons la reconnaissance. C’est bien, non? Je n’ai jamais pensé que l’amour était synonyme de bonheur. Je me suis interdit de le penser. Ça aurait fait trop de mal à mes parents. Ça m’aurait empêché de devenir un sex-symbol. J’aurais dû revoir mes ambitions à la baisse. Renoncer à aider le monde, à faire de la politique. Et la peur que m’inspirent mes penchants s’apparente au dégoût. Je suis un homme qui déclenche les passions alors qu’en moi le feu s’est éteint. S’est-il jamais enclenché? Peu importe Amal, je t’aime, ma sublime, bien sûr, qu’est-ce que je raconte, on va faire de la politique, ça va être so much fun, on va être aimés, félicités et remerciés, on va répondre modestement mais enfin, c’est tout naturel, vous auriez fait la même chose à notre place, et on va convaincre Brad de me revoir très vite. Pendant qu’Angelina et toi jouerez avec les enfants. Non, pardon ma brillante, pendant que toi et Angie vous mobiliserez en faveur de la lutte contre Ebola. Jusqu’au jour où je ponctuerai mes discours par God Bless America. Jusqu’au jour où je serai pris pour cible, où mon garde du corps plongera sur moi pour me protéger, où lui et moi tomberons l’un contre l’autre sur le sol brûlant. Et l’embrasement, enfin.

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