"Vous m'avez compris"

DANS LA TETE D'ALAIN BERSET

«62% des Suisses en faveur de ma réforme!» «2 sur 3 plutôt favorables!» Merci mes compatriotes, vous m’avez compris! Les Chambres vous suivront! Enfin j’espère…

Ne pas vendre la peau de l’ours avant, Alain, rester enthousiaste mais calme, visualiser la dernière ligne droite, marcher en souriant modestement dans les couloirs du parlement, et bonjour, bien et vous, merci, bien sûr, on y croit, c’est la première fois que l’on montre en toute transparence ce que l’on a avant et ce que l’on aura après, j’ai confiance, vous verrez, croyez-moi, suivez-moi.

Des années que je travaille sur cette réforme des retraites. Que j’analyse les variables, convoque les experts, planche sur les différentes hypothèses. Mon projet n’a guère changé depuis l’été? Malgré les critiques de la droite, de la gauche et du centre? Mais parce que c’est le meilleur projet possible! Parce que je ne suis pas là pour faire plaisir à la droite, à la gauche ou au centre. Je suis là pour faire mon travail, et proposer à nos concitoyens la solution la plus acceptable en l’état. Les baby-boomers arrivent et les immigrés se raréfient, il faut bien s’adapter. Je n’aime ni les promesses non tenues, ni les arrangements entre amis de circonstance. Je fais des concessions quand c’est possible et j’en demande à tout le monde. Aux femmes, qui sont prêtes à travailler une année de plus alors qu’elles n’ont toujours pas l’égalité salariale, aux actifs qui devront cotiser davantage pour espérer avoir des retraites décentes, aux partis qui choisiront de prendre le risque de froisser leur électorat. Petit risque que ce dernier, puisque les Suisses me suivent! Vous avez pris note, les parlementaires? C’est qui le futur winner bien dans ses nouvelles pompes et sa chemise de marque? C’est moi! Du calme Alain. Dernière ligne droite. Inspirer. Visualiser. Expirer.

Après: Muriel et son beau sourire. Une soirée tous les deux, ma femme, avec mon alliance au doigt, et ta main dans la mienne. Mon alliance que j’enlève parfois, pour le plus grand plaisir du Blick qui préfère flairer la fin d’un amour plutôt qu’expliquer les enjeux de ma réforme. Pourtant. C’est simplement qu’on ne peut pas s’aimer tout le temps, quand on s’aime depuis longtemps. Quand j’oublie d’être ton mari, le père de nos enfants, quand je ne suis que conseiller fédéral, que je travaille jour et nuit et que mes seuls moments de détente je les passe avec mes collègues ou avec mes porte-parole, je ne mets pas mon alliance. Pour ne pas m’habituer. Pour me réjouir à chaque fois qu’elle est à mon doigt. Je ne veux m’accoutumer à rien. Il n’y a qu’ainsi que je peux tourner à plein régime. Sentir que je mérite mon mariage comme je mérite mon poste. Sentir que j’ai des choses importantes à faire là où je suis. Sur mon chemin: les lobbies, les partis, saluer, sourire, écouter, passer ma route; au bout, il y a notre pays.

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