«Ma comète, son odeur, son silence»

Dans la tête de Philae

Le petit robot atterrisseur s’est tout récemment posé sur la comète Chury.

Rosetta, ma Rosa, mon amour, ma compagne, dix ans contre toi, et aujourd’hui, ce froid. Ce sol dur et glacé dans lequel je rêvais tant de m’enfoncer. Ce vent, cette nuit, et moi qui me languissais de partir à la chasse de Chury, immobile. Piles à plat et désir frustré.

Eux sont comblés, ou presque. Ils ont 80% de ce qu’ils souhaitaient. C’est beaucoup. Mais ils veulent davantage. Et moi aussi. Désolé, ma Rosa, je sais bien que tu te sens vengée avec moi bloqué, en équilibre précaire, tu m’observes depuis là-haut et tu savoures de voir que Chury me résiste, toi qui m’avais fait de la place, avait épousé mes formes, nous qui ne faisions qu’un jusqu’à ce que la comète nous sépare. Neuf ans pendant lesquels nous nous sommes réjouis ensemble, et un an où ta jalousie a pris le dessus. Mais enfin Rosa, c’était notre mission, notre raison d’exister, je n’y pouvais rien moi, j’étais programmé pour te quitter et toi pour me laisser partir. Tu ne voulais plus, et plus tu te rebellais plus j’étouffais en ton sein, plus je rêvais de me déployer, m’étirer, de bondir et rebondir sur ma promise, de la flairer, de la goûter, de me saouler à la mystérieuse Chury. Lui prendre tout ce qu’elle voudrait bien me donner, et davantage.

Je t’ai déjà parlé de son odeur? C’est celle du froid et de l’obscurité, dont on a peur mais qui fascine, celle qui nous place en état d’attente et d’alerte maximale, qui rend fou de désir parce que l’on sent, on pressent que quelque chose d’autre va arriver. De plus, de mieux.

Et de son silence, je t’ai parlé de son silence? Il est si intense, si profond, qu’il devient voix, enveloppante, moelleuse, noire comme un gouffre dans lequel flotter, sombrer. Je suis prêt, Rosa.

Je suis prêt, Chury.

Je ne t’appellerai pas Chou, ni Choupy ou Choupette. Pas de petits noms. Je ne te veux pas familière, infantilisée, ça a fini par nous perdre, Rosetta et moi. Toi, tu m’appelleras Phileas, Phileas Fogg, c’est plus viril, plus aventurier, et c’est mon vrai nom, simplement celui qui m’a baptisé était dyslexique.

Ça prendra le temps qu’il faudra mais je t’aurai, ma comète. 100% de toi. Jusqu’à ce que j’en meure. Pour l’instant, j’hiberne. Je me chante «Black Water» de Timber Timbre et j’attends some sunshine. Je me suis érigé de 4 cm, tu m’aideras à faire mieux au printemps. J’ai opéré une rotation de 35 degrés sur moi-même, histoire d’attraper un peu plus de lumière, et ensemble, nous voguons vers le soleil. Celui qui me permettra de me réchauffer près de toi, à défaut de me réchauffer à toi. Ensuite, Chury, une fois que la chaleur m’aura suffisamment envahi, je te pénétrerai, lentement, je transpercerai cette couche frigorifiante qui te protège encore de moi et j’irai me faufiler là où tu es douce et poreuse, là où je peux te faire frémir et succomber.

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