"Ma fille et nos Noëls alternés"

DANS LA TETE D'UN PERE DIVORCE

Je m’apprête à passer mon premier Noël sans mes enfants. Pourtant ma fille n’a que 6 ans. Pourtant elle croit encore au Père Noël. J’ai veillé avec eux le 24 décembre dernier, je veillerai avec eux le 24 décembre prochain et cette année, ronger mon frein. En 2014, j’ai mes enfants la deuxième semaine, celle qui tombe sur Nouvel An. C’est bien aussi, Nouvel An. On va faire péter des bombes avec sifflets et ballons, on va danser dans le salon, et s’écrouler sans s’être lavé les dents.

Seulement en 2015, ma fille ne croira peut-être plus au Père Noël. Elle ne lui écrira plus de lettre, ne lui fera plus de dessin, elle n’aura plus peur de ne pas avoir été assez sage. Et mon fils et moi ne pourrons plus vivre à travers elle la joie de tenir l’impossible pour vrai. Pas de quoi pleurer, hein, je suis un homme, de ceux qui ont trompé leur femme à force de la voir tous les jours, de ceux qui n’étaient pas mécontents de se séparer enfin. Je suis un homme divorcé, remarié, famille décomposée, recomposée, redécoupée, jusqu’à la nausée.

Ma nouvelle femme a deux enfants avec un mec un peu comme moi qu’elle a quitté un peu pour moi. Mon ex-femme s’est recasée avec un mec pas du tout comme moi, je crois, mais je n’ai pas creusé la question. Il a trois enfants, que les miens apprécient beaucoup. Mes beaux-enfants à moi m’aiment parfois bien, parfois pas, et moi je m’adapte, et moi je leur garde ma tendresse même s’il m’arrive de leur en vouloir d’être là plus souvent que mes propres enfants. Ma femme se plaint de passer trop de temps à s’occuper du foyer, je lui rétorque que mon travail rapporte plus que le sien, que ce sont ses enfants qui vivent avec nous, pas les miens. Je trouve qu’on ressemble de plus en plus à nos couples passés. En plus compliqué. Nausée.

Je me souviens du temps où l’on ne fêtait Noël que le 24 au soir et le 25 à midi. Mes enfants ont trois Noëls de prévus, en plus du vrai. De notre côté, on n’a pas encore réussi à se mettre d’accord sur une soirée. Je tiens à un moment entre le 20 et le 29 décembre. Question de similitude entre les dates. Ça semble difficile avant le 3 janvier. Cafard.

Je ne me trouve pas très viril avec mes problèmes d’agenda. Je pense à nouveau à ma fille. Verrai-je encore, un matin de vrai Noël, ses yeux s’illuminer, sa joie de découvrir ses cadeaux sous le sapin, sa fierté de constater que le Père Noël a goûté à ses biscuits, bu le verre de lait qu’elle et son frère lui ont laissé la veille?

Je suis père comme ma femme et mon ex-femme sont mères. Ou presque; j’insiste moins pour que les heures de sommeil soient respectées. Mais je suis père depuis le premier cri, le premier bain. Je vérifie que mes enfants sont bien couverts avant d’aller me coucher à mon tour. J’aime sentir leur odeur chaude et barbouillée du matin. Depuis qu’ils sont nés, mes nuits sont plus angoissées, je ne sais plus faire durer mes grasses matinées. Les entendre chuchoter avant l’heure du petit-déjeuner me remplit d’une joie qui me tire du lit. D’une joie qui me tire du blues.

La première semaine des vacances de Noël passera, la deuxième arrivera, mon ex-femme est presque une amie, j’aime ma femme d’aujourd’hui et il paraît que les enfants sont heureux en tribu (mon cul). Y croire. Joyeux Noël.

Écrire commentaire

Commentaires : 0