A Ricardo Darin

Tu jouais dans un feuilleton, tu n'étais qu'Argentin. Tu donnais la réplique à Grecia Colmenares et je rêvais d'être elle pour plonger dans tes yeux si bleus. J'aimais ta bouche, aussi, elle avait quelque chose de pulpeux et de tordu que j'ai retrouvé chez tous ceux embrassés par la suite. Ta telenovela s'appelait Marina et comme toutes les préados de Buenos Aires je n'en ratais pas un épisode. Jusqu'au jour où l'on m'a éjectée de ma capitale.Tu n'étais qu'Argentin, et moi je ne l'étais plus. Je me découvrais suisse et forcée de retourner vivre là d'où venaient mes parents. Je t'ai pleuré comme j'ai pleuré mes amis, le dulce de leche, Fito Paez, le quartier de Martinez ou Boca junior. Je vous ai détestés aussi, tous, de ne plus être à moi, de m'avoir sortie de vos vies sans qu'elles ne s'en trouvent changées. Je vous ai enfouis tout au fond de ma mémoire, me laissant peu de chance de vous faire sortir de l'oubli. Et puis il y a eu le dulce de leche que l'on a pu acheter un peu partout. Les amis retrouvés grâce à Facebook. Youtube, pour Fito Paez ou Boca junior. Et toi, passé des novelas au cinema, le bon, le grand, celui qui s'exporte.

Je t'ai revu souvent, et hier soir encore, dans Les nouveaux sauvages. J'ai retrouvé ce langage que je parle toujours, même si tu y décèlerais un accent français. Je me suis émue d'être à nouveau parmi vous, dans une salle de cinéma genevois où mon ancien pays n'était pas seulement en boîte mais tout autour de moi. A ma gauche, une autre comme moi, avec qui nous répétions après toi ces jurons qui ne sont que de là-bas, forro, pelotudo, ou boludo.

Tu n'es plus qu'Argentin. Et je le suis toujours un peu.  

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