Amour en suspension

Cela fait deux mois maintenant que son mari l'a quittée. Pour une plus jeune, évidemment. Il parait qu'il ne faut pas en tenir rigueur aux hommes, ils sont naturellement enclins à aller vers celles qui peuvent encore enfanter. Et elle alors? Faudrait-il qu'elle se contente d'attendre la mort en bichonnant son intérieur? Qu'elle se plonge corps et âme dans son travail pour oublier que ses enfants aussi ont déserté le nid? Elle est seule. Elle a mal. Elle a peur que sa vie soit derrière. Elle se souvient quand elle aimait ça, être seule, il s'agissait d'instants choisis, d'instants volés aux enfants et au mari, pour elle-même. Maintenant elle en bouffe jusqu'à la nausée, de la solitude. Aujourd'hui, elle a décidé d'oser sortir. Elle s'est maquillée légèrement, a dénoué ses cheveux, enfilé une robe souple. Juste un verre, et un journal pour la contenance, quelque part au bord du lac. Elle observe une belle jeune femme, elle ne lui en veut pas, elle lui sourit, c'est la vie. Son regard se promène plus loin, s'arrête sur un homme, probablement de son âge. A lui si, elle en veut, c'est plus fort qu'elle. Elle sait que son regard à lui ira se promener dans de fermes décolletés, s'arrêter sur des sourires pas encore encadrés de rides. Elle se tourne vers le lac. Les seuls plaisirs qui lui sont désormais accessibles sont-ils ceux de la contemplation?    

  

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Cela fait deux ans environ que sa femme l'a quitté. Depuis, il s'est saoulé à la peau de jeunes professionnelles, perdu dans une histoire passionnelle où seul l'érotisme servait de liant. Elle était pressée de gravir les échelons de la société. Passé par là depuis longtemps, lui ne savait plus comprendre l'énergie qu'elle y mettait. Il rêve d'une femme qui en serait au même stade que lui. Il se sent un peu las. Il est sorti boire un verre pour admirer le lac, pas les gens. Son regard s'attarde pourtant sur cette femme. La cinquantaine, belle, libre dans le sens où elle semble ne rien attendre. Ses yeux se perdent dans le paysage, elle parait ailleurs, loin de toutes les comédies humaines qui se jouent autour d'eux. Il aime sa robe flottante, il aime qu'elle n'entrave pas son corps. Il admire ses chevilles, ses pieds nus dans ses sandales. Il rêve de faire remonter le tissu le long de ses jambes, pour apercevoir encore un peu de sa peau. L'aborder? Il n'ose pas. Elle est peut-être du genre cougar. De celui qui aime les femmes... ou qui a envie qu'on lui fiche la paix... Et puis, il porte une chemise qui cache mal son embonpoint...Et si elle était sensible aux signes du temps sur les corps? Aux hommes qui font le premier pas? Attraper son regarder, se lever, la rejoindre. Allez. Courage.