Elena Ferrante

Mais alors cette disparition, c’était l’œuvre de qui ? Il y en a pourtant une à qui Lila n’a pas pensé. Et les poupées, elles étaient où ? Et Lila ? Et Elena, n’était-il pas temps qu’elle retrouve Lina pour vivre l’amitié, non plus prodigieuse ni ambivalente, mais vraie, mais pure, mais douce. J’ai refermé votre dernier livre il y a peu. Le petit deuil réglementaire m’empêche d’en saisir un autre, je suis encore à vos personnages. J’ai rêvé de mafia napolitaine, de petite fille en robe rouge enlevée par un requin, et devenue bocal de confiture, la petite, le rouge de la robe peut-être, et le requin pour les Solaras, et le bocal pour l’urne, que sais-je, juste que ce n’était pas un rêve lié à ma vie mais à vos romans. Ce soir, un film de science fiction médiocre que j’ai regardé parce que l’héroïne ressemblait à l’image que je me suis faite de Lila, et cette fille d’amis, que j’ai eu envie de revoir dernièrement, parce qu’elle me faisait penser à Lenu. Il y a quelque temps, un journaliste a divulgué votre véritable identité, je connaissais à peine votre nom d’auteur et pas encore votre œuvre, autant dire que votre vrai nom m’indifférait absolument, et aujourd’hui encore davantage. Je vous veux Elena Ferrante, presque Greco, amie pour laquelle j’ai délaissé les autres, celles de la vraie vie, qui écrivent et lisent aussi, et qui ne m’en ont pas voulu. Je vous ai lu jusqu’à la lie, j’ai avalé vos phrases en français, en anglais pour finir, la traduction n’étant que pour octobre. J’ai refermé votre livre et je me suis réjouie de reprendre le cours de ma vie sans vous, comme on recouvre la liberté après une passion trop dévorante. Je suis encore entre vous et moi, j’ère dans cette zone floue où ma réalité tarde à me rattraper, où votre fiction me garde encore captive.  Ce soir, je veux rêver à mon roman.

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