Chaque semaine, Mélanie Chappuis se met "dans la tête de... "

 

Les chroniques jusque fin 2013 sont rassemblées dans le livre "Dans la tête de..."

Editions Luce Wilquin.

Les chroniques jusque fin 2014 sont rassemblées dans le livre "Dans la tête de... Tome 2"

Editions L'Âge d'Homme.


mar.

16

déc.

2014

"Ma fille et nos Noëls alternés"

DANS LA TETE D'UN PERE DIVORCE

Je m’apprête à passer mon premier Noël sans mes enfants. Pourtant ma fille n’a que 6 ans. Pourtant elle croit encore au Père Noël. J’ai veillé avec eux le 24 décembre dernier, je veillerai avec eux le 24 décembre prochain et cette année, ronger mon frein. En 2014, j’ai mes enfants la deuxième semaine, celle qui tombe sur Nouvel An. C’est bien aussi, Nouvel An. On va faire péter des bombes avec sifflets et ballons, on va danser dans le salon, et s’écrouler sans s’être lavé les dents.

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mar.

16

déc.

2014

«Une pause pour ma «saudade»

DANS LA TETE DE BARAK OBAMA

«Le progrès se fait par étapes, ce n’est pas encore ça, mais c’est mieux qu’il y a 50 ans, il faut être persévérant, patient, garder espoir»… Michelle, je deviens aussi mou que ces nuances que je mets partout, aussi flasque qu’un vieux Blanc trop maigre, aussi ennuyeux qu’un intellectuel ne connaissant plus la dureté du réel. Pourtant, oui, il faut être patient, penser au passé dans le présent, à l’histoire qui pèse encore de tout son poids, empêchant les lois et les réformes de s’appliquer toujours dans les mentalités.

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mar.

02

déc.

2014

«Ma comète, son odeur, son silence»

Dans la tête de Philae

Le petit robot atterrisseur s’est tout récemment posé sur la comète Chury.

Rosetta, ma Rosa, mon amour, ma compagne, dix ans contre toi, et aujourd’hui, ce froid. Ce sol dur et glacé dans lequel je rêvais tant de m’enfoncer. Ce vent, cette nuit, et moi qui me languissais de partir à la chasse de Chury, immobile. Piles à plat et désir frustré.

Eux sont comblés, ou presque. Ils ont 80% de ce qu’ils souhaitaient. C’est beaucoup. Mais ils veulent davantage. Et moi aussi. Désolé, ma Rosa, je sais bien que tu te sens vengée avec moi bloqué, en équilibre précaire, tu m’observes depuis là-haut et tu savoures de voir que Chury me résiste, toi qui m’avais fait de la place, avait épousé mes formes, nous qui ne faisions qu’un jusqu’à ce que la comète nous sépare. Neuf ans pendant lesquels nous nous sommes réjouis ensemble, et un an où ta jalousie a pris le dessus. Mais enfin Rosa, c’était notre mission, notre raison d’exister, je n’y pouvais rien moi, j’étais programmé pour te quitter et toi pour me laisser partir. Tu ne voulais plus, et plus tu te rebellais plus j’étouffais en ton sein, plus je rêvais de me déployer, m’étirer, de bondir et rebondir sur ma promise, de la flairer, de la goûter, de me saouler à la mystérieuse Chury. Lui prendre tout ce qu’elle voudrait bien me donner, et davantage.

Je t’ai déjà parlé de son odeur? C’est celle du froid et de l’obscurité, dont on a peur mais qui fascine, celle qui nous place en état d’attente et d’alerte maximale, qui rend fou de désir parce que l’on sent, on pressent que quelque chose d’autre va arriver. De plus, de mieux.

Et de son silence, je t’ai parlé de son silence? Il est si intense, si profond, qu’il devient voix, enveloppante, moelleuse, noire comme un gouffre dans lequel flotter, sombrer. Je suis prêt, Rosa.

Je suis prêt, Chury.

Je ne t’appellerai pas Chou, ni Choupy ou Choupette. Pas de petits noms. Je ne te veux pas familière, infantilisée, ça a fini par nous perdre, Rosetta et moi. Toi, tu m’appelleras Phileas, Phileas Fogg, c’est plus viril, plus aventurier, et c’est mon vrai nom, simplement celui qui m’a baptisé était dyslexique.

Ça prendra le temps qu’il faudra mais je t’aurai, ma comète. 100% de toi. Jusqu’à ce que j’en meure. Pour l’instant, j’hiberne. Je me chante «Black Water» de Timber Timbre et j’attends some sunshine. Je me suis érigé de 4 cm, tu m’aideras à faire mieux au printemps. J’ai opéré une rotation de 35 degrés sur moi-même, histoire d’attraper un peu plus de lumière, et ensemble, nous voguons vers le soleil. Celui qui me permettra de me réchauffer près de toi, à défaut de me réchauffer à toi. Ensuite, Chury, une fois que la chaleur m’aura suffisamment envahi, je te pénétrerai, lentement, je transpercerai cette couche frigorifiante qui te protège encore de moi et j’irai me faufiler là où tu es douce et poreuse, là où je peux te faire frémir et succomber.

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mar.

25

nov.

2014

"Vous m'avez compris"

DANS LA TETE D'ALAIN BERSET

«62% des Suisses en faveur de ma réforme!» «2 sur 3 plutôt favorables!» Merci mes compatriotes, vous m’avez compris! Les Chambres vous suivront! Enfin j’espère…

Ne pas vendre la peau de l’ours avant, Alain, rester enthousiaste mais calme, visualiser la dernière ligne droite, marcher en souriant modestement dans les couloirs du parlement, et bonjour, bien et vous, merci, bien sûr, on y croit, c’est la première fois que l’on montre en toute transparence ce que l’on a avant et ce que l’on aura après, j’ai confiance, vous verrez, croyez-moi, suivez-moi.

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mar.

18

nov.

2014

DANS LA TÊTE D’UNE PALESTINIENNE

«Echapper à la haine» à Gaza

Il y a une photo que je garde toujours près de moi, dans le tiroir de ma table de chevet. Il ne s’agit pas de mes enfants, je n’en ai jamais eu, ni de mon mari, ni même de mes parents. C’est un cliché de mon arrière-grand-mère, elle pose avec son amie juive, j’avais 6 ans lorsqu’elle me l’a offert, sentant la mort venir.

Les deux femmes pourraient être sœurs, leurs vêtements sont similaires, leur sourire fait chaud au cœur. Le cliché était déjà vieux lorsqu’il m’a été confié: «Garde-le et souviens-toi autant que tu pourras qu’on a réussi à être amies, la juive et moi.»

C’est devenu ma mission. Me souvenir. 

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mar.

11

nov.

2014

«Faut pas que tu crèves, mec»

Dans la tête de Nabilla

J’étais Genevoise montée à Paris, bimbo devenue bombe, écervelée passée à comique, starlette de la télé-réalité, à célébrité dans Libé.

Je ne suis plus que beurette en prison.

Putain de ma race. Thomas, mon amour, qu’est-ce que je fous là? Dire que je voulais me ranger avec toi, qu’on soit beaux et célèbres et amoureux ensemble, mais non, on n’aura été que gros losers arrêtés en si bon chemin par un diverses sales substances. Thomas, j’ai froid, et faim, je veux un café au lait, comme avant, avec maman, et des croissants, comme avant que mon ventre reste plat grâce au jus de pamplemousse et à tout le reste. Thomas, si tu savais comme j’en ai rien à cirer de toi et de mon corps, en ce moment.

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mar.

04

nov.

2014

«Dieu est (aussi) avec moi»

DANS LA TÊTE DE TIM COOK

Mélanie Chappuis s’est glissé cette semaine dans la peau de Tim Cook, le patron d’Apple, qui vient de révéler son homosexualité.

iPod, iPhone, iPad. Et des sous-inventions, de vagues améliorations, nouvel iPhone, nouvel iPad, cancer de Steve Jobs, re-nouvel iPhone, sous-invention légèrement plus inventive: tablette, et nouvel iPhone, et en attendant le suivant, je suis gay (toujours faire parler de nous). Je suis fier d’être gay et ce n’est pas une punition mais une grâce divine. Un cadeau de Dieu. Oui, de Lui auquel j’ai droit aussi, même le pape est d’accord, ou presque. Dieu, qui n’est pas réservé à ceux qui se marient comme il faut, ni aux gentilles familles avec pères travailleurs et mères reproductrices.

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mar.

28

oct.

2014

«ma résurrection, encore»

dans la tête de Roger Federer

Et voilà, c’est reparti les amis, mes kikis, mes cons-cons qui étiez si pressés de m’échanger contre Stan, vous voilà forcés de remettre en jeu l'ancien pion. 

Je redeviens roi devant Rafa et Wawrinka. Et j’ai encore 490 petits points à gagner dans les semaines qui suivent pour atteindre Djokovic, reprendre ma place de numéro un mondial. Facile quand on a ma discipline et ma Mirka. Facile quand on rentre se coucher au lieu de fêter ses victoires, quand on boit des tisanes au lieu d’enchaîner les bières. Facile, même à 33 ans. L’âge de ma résurrection. Elle ne sera pas éternelle, mais je la ferai durer autant que possible.

Ensuite? Ensuite jouer encore, et accepter d’être le numéro deux, trois, dix ou vingt. C’est ce que j’ai trouvé de mieux, pour ­l’instant, comme projet 
d’avenir. Pourquoi faudrait-il atteindre le sommet et tirer sa révérence? Comme si le plaisir n’était que dans le sommet. Comme si le tennis pouvait cesser du jour au lendemain d’être ma vie, simplement parce qu’on ne peut pas rester au top indéfiniment.

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lun.

27

oct.

2014

« Nous ne sommes pas au paradis »

DANS LA TETE DE KIM JONG-UN, à son père Kim Jong-il

Papa, j'ai mal au corps et je n'ai plus la force de rester droit. J'ai l'esprit embrumé, l'âme dépitée, le cœur absent. Je ne sais plus comment leur faire croire que nous sommes au paradis.

Que ce slogan soit affiché dans les rues de notre sereine cité ne change rien. Papa, je n'en peux plus de voir ma gueule souriante, grandeur nature de dictateur, partout dans notre ville fantôme, notre ville d'automates, de pauvres adultes que la propagande a empêchés de grandir, pauvres enfants toujours tristes mais toujours courageusement souriants. Je n'ai jamais cru à notre mensonge et je ne sais pas comment continuer à faire brûler la flamme du Juche devant leurs yeux crédules. « L'homme est maître de tout et décide de tout », dit notre idéologie, et ils triment pour « conduire la société à son développement», et ils se tuent à la tâche et ils sourient encore. Je les envie presque. Moi je n'ai plus personne a suivre aveuglément, et j'ai perdu depuis longtemps la certitude d'être un demi-dieu. 

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mar.

14

oct.

2014

DANS LA TÊTE D’UNE REFUGIÉE KURDE EN PROVENANCE DE KOBANÉ

«Je refuse de laisser faiblir l’espoir»

Nous n’avons jamais obtenu de pays, mais nous avions une ville. Je la regarde se consumer, partir en fumée, depuis notre camp de réfugiés.


J’imagine l’EI planter son drapeau sur de nouveaux bâtiments… Ce n’est qu’une bataille de remportée. Bientôt nous piétinerons ces étendards. J’imagine ma fille aînée et mon mari, combattant avec nos frères kurdes venus d’Irak ou de Turquie. Tant que je me les représente vivants, je sais qu’ils le sont. Ils évoluent ensemble, en petits groupes, ils connaissent bien la ville, ses cachettes et ses points de vue. Ils tirent depuis leurs embuscades, ils font tomber ces chiens d’islamistes. Je vois ma magnifique Kusayr, tirant sur l’un d’entre eux, et le regardant mourir, droit dans les yeux. Je vois cet homme trembler de peur, de haine et d’impuissance. Je sens son dernier souffle, au moment où il réalise que la pauvre clé du paradis autour de son cou ne lui sera d’aucune utilité: une femme l’a tué. Une femme, de son arme, l’a pénétré jusqu’au plus profond de ses entrailles. Kusayr sa meurtrière est la seule vierge qu’il verra, à laquelle il ne pourra toucher, et son paradis rêvé deviendra gros trou noir aspirant son âme de damné.

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mer.

08

oct.

2014

DANS LA TÊTE DE GEORGE CLOONEY

«A défaut d’amour, la reconnaissance»

Mélanie Chappuis s’est glissée dans la peau de George Clooney qui vient d’épouser l’avocate Amal Alamuddin


Amal, ma sublime épouse, c’est parti. On est une équipe maintenant. C’est ensemble que l’on va s’élever, encore plus haut, for people’s sake. Devenir le couple sauveur de l’humanité, au moins consolateur, les beaux, les bons, les justes. Le cinéma et le droit humanitaire sont des pas, de grands pas vers plus de justice, mais l’action véritable passe par la politique.

J’ai assez joué la comédie, un sourire séduisant, une pincée d’autodérision, un port de tasse exquis, j’ai assez organisé de soirées mondaines en faveur du Darfour ou des victimes de Katrina, ça ne suffit pas, ça ne suffit plus.

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mar.

30

sept.

2014

Hervé Gourdel, avant de mourir

«M’accrocher à mes souvenirs, pour fuir»

J’aurais mieux fait d’aimer la mer.

Cette déclaration déclencherait le rire de mes enfants. J’aimerais pouvoir les faire marrer une dernière fois. Leur montrer que je suis courageux d’en rire. Que le sens de l’humour permet de faire face. J’aurais mieux fait d’aimer la mer. Mais j’en pleure. Nager, plonger, naviguer au lieu d’escalader des montagnes avec des guides douteux. Et retrouver les miens. Mes parents, mes enfants, ma femme, ma sœur, je meurs de la folie des hommes. Cette folie, j’ai cru que j’étais au-dessus. Que je la surplombais du haut de mes sommets. Je m’en éloignais, je m’en moquais pendant mes communions avec la nature, cette sublime nature qui se fout bien de nous. De moi dont la tête va tomber, maculer le sol de ce lieu si beau qu’il en devient sacré.

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mar.

23

sept.

2014

Dans la tête d'une guinéenne

«Pardonne cette peur qui me détourne de toi» 

...A son mari atteint par le virus Ebola.

 

Monsieur, ma peur est plus forte que mon amour. Plus forte que ma douleur de te voir là, gisant, sanglant, mourant. Pardon. Pardon de ne pas te tenir la main, ne pas t’éponger le front, laver ton corps, te murmurer que ça va aller, que je reste là près de toi, que je ne t’abandonne pas, jamais, pardon. Tu es seul dans ton agonie, seul sur notre lit. Par la fenêtre, de l’extérieur, je te regarde mourir, les enfants jouent plus loin, j’ignore où ils vont dormir ce soir, personne ne veut nous accueillir, ni tanti, ni les cousins, ni même maman. Je te regarde mourir et j’essaie de te parler, mais que dire de beau quand de ce mur qui nous sépare j’aimerais faire un continent? Que dire de beau quand je rêve de hurler ma peur et de fuir loin, loin de toi et de tout ce qui nous entoure avec les enfants? 

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mar.

16

sept.

2014

DANS LA TÊTE DE LA TRAVERSEE DE LA RADE

"De pont majestueux à tout petit tunnel!?"

Mélanie Chappuis se fait pont cette semaine, pour ne pas sombrer dans la noirceur d’un projet qui, dit-on, ne verra jamais le jour.


Je suis un mythe en mal d’incarnation. Une légende réclamant de devenir histoire. Une traversée rêvée, toujours pas réalisée. J’ai cru souvent que mon heure était venue. Je me suis vue «pont des Nations» par Le Corbusier, pont suspendu par Othmar Ammann, pont-digue par Roger Brunisholz. Et tunnel… Tunnel!? Après n’avoir existé que dans vos imaginaires, il faudrait que je naisse pour me cacher? Quelle misère pour moi qui me rêvait si grande, si belle. Moi qui me voyais emblème de Genève, détrônant banquiers et organisations internationales pourtant ravis de me céder leur place, et de m’emprunter une, deux, trois, quatre fois par jour, avec les autres, frontaliers, vieux Genevois, pendulaires lausannois, Alémaniques en vacances, en affaires, amants, anciens, enfants. Je me rêvais majestueuse, je vous rêvais fiers de moi, votre orgueil, votre joie. J’imaginais des enfants expatriés, perdus dans un pays qui n’était pas le leur, ailleurs, loin et longtemps, et ces mêmes enfants devenus grands et me revenant. Accourant vers moi, me baisant l’asphalte et me remerciant d’être toujours là. Ou un bébé en poussette, faisant ses premiers pas sur moi, avant d’enfourcher son vélo, d’échanger un baiser, de pousser à son tour ses enfants dans des tricycles rouges, avant la canne, la chaise roulante et la mort, avant qu’il ne demande que ses cendres soient dispersées depuis moi dans son cher lac Léman.

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mar.

09

sept.

2014

Dans la tête de Valérie Trierweiler

à son «pauvre François si lâche»

L’ancienne compagne de François Hollande règle ses comptes dans un livre en tête des ventes.

 

«Je t’ai poussé à réagir publiquement, mon pauvre Bibounet. Tu croyais que tu aurais mieux à faire, hein, depuis ton sommet de l’OTAN à Newport? Mais non! Il a fallu que tu commentes les assertions contenues dans mon bouquin (déjà en rupture de stock, tu imagines! Ne t’inquiète pas, on a de la réserve et on réimprime quand on veut. Tu visualises le blé que je vais me faire, moi la pauvresse, moi ta Cosette, tu avais raison, le salut passe par toi, mais pas comme tu croyais).

Donc: bien sûr que si, tu les appelles «les sans-dents», les pauvres, il n’y a que toi pour inventer une expression pareille. Mais tu as dit juste, tu es «à leur service, ils sont ta raison d’être», il ne fallait simplement pas les surnommer comme ça devant moi, mon François tout mou, tout lâche.

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mar.

02

sept.

2014

DANS LA TÊTE D’UNE MÈRE INFANTICIDE 

Donner la vie, donner la mort

Le corps du petit Loan, signalé disparu par ses parents depuis mercredi dernier, a été retrouvé dimanche dans la Creuse. Ses parents sont passés aux aveux.


On a besoin de demander son avis à personne, lorsqu’on donne la vie. C’est pourtant une charge bien plus grande que celle de donner la mort. Quand la charge est trop importante, pourquoi ne pas y mettre fin? J’ai accouché d’un bébé qui n’allait pas bien. S’ils avaient su cela avant, j’aurais pu avorter, mais ils n’ont rien vu, est-ce de ma faute à moi? Ce sont eux qui devraient aller en prison. Mon mari et moi on a juste fait le sale boulot. Ben oui. Ils me regardent comme si j’étais un monstre quand je dis ça, pourtant c’est du bon sens, et tant pis pour eux s’ils ne veulent pas comprendre, avec leurs grands mots et leurs termes juridiques et leur morale à la con et l’instinct maternel et toutes ces conneries théoriques auxquelles je ne pige rien, moi je suis dans la vraie vie, avec mon mari. 

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mar.

26

août

2014

Geri Müller, «mon bureau, mon chez moi»

Dans la tête du maire de Baden

 juste avant les clichés fatidiques pris ce printemps


J’aime arriver au bureau alors que le jour se lève à peine. C’est mon endroit. J’y suis mieux que dans ma chambre à coucher où je fais des insomnies, dans ma cuisine où les enfants ne viennent plus, dans mon salon où j’ai si rarement le loisir de me poser. Dans mon bureau, je ne suis pas le divorcé qui a du mal à reprendre ses marques, le père qui laisse à désirer, ni non plus l’amant trop accaparé par ses dossiers. Je suis l’homme engagé, influent, l’homme à abattre ou à suivre, je suis grand, imposant, presque beau.

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mar.

01

juil.

2014

Schumi, «jusqu’à ce que mon corps réagisse»

Dans la tête de Michael Schumacher

Il parle à sa femme Corinna. Cette semaine, Mélanie Chappuis s’imagine en Michael Schumacher, émergeant petit à petit de son coma.

 

Je n’étais plus qu’esprit. Je ne suis plus que corps.

Esprit quand j’ai commencé à émerger de mon coma, à tenter de comprendre ce que je faisais là, dans ce noir absolu, où était le haut, le bas, l’entrée, la sortie, pourquoi ne m’ouvrait-on pas les yeux? J’avais lu un jour que ceux qui sont prisonniers d’avalanches vivent quelque chose de similaire. J’ai pensé au blanc de la neige dans mes ténèbres, ça m’a rafraîchi et je me suis souvenu. L’accident de ski, le rocher, le fracas. Des cris. Les «papa» désespérés de mon fils, contre lesquels je ne pouvais rien. Sombrer. Partir. Et enfin émerger de cet impénétrable sommeil. Rejoindre cet état de conscience où je pouvais penser, rêver, parler, hurler dans mon corps flottant. Hurler jusqu’à ce que quelque chose de ce corps réagisse: mon index a pressé la paume de la main de Corinna. Ma femme a senti cette pression, elle a compris que j’étais revenu, a laissé exploser sa joie de me voir renaître à la vie. Que cette renaissance est longue.

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mar.

24

juin

2014

«Ma performance est-elle de l’art, Marina?»

Dans la tête de Milo Moiré

L’artiste contemporaine qui s’est affichée nue devant Art Basel s’adresse à la célèbre Marina Abramovic, pionnière en matière de performances artistiques.


C’était pas mal de faire la queue pour Art Basel nue, totalement nue, avec juste ces inscriptions sur mon corps remplaçant les vêtements que nous sommes censés porter. Afficher «bra» sur mes seins au lieu du soutien-gorge en question, c’était une belle idée, non? Evidemment, si j’étais moche, il faudrait que je trouve autre chose pour «sortir les gens de leurs automatismes, les forcer à interagir avec leur environnement au lieu de s’enfermer dans leurs cécités quotidiennes engendrées par la routine de leurs existences».

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mar.

15

avril

2014

«Ma nièce, tu n’avais pas à être mon amoureuse»

Dans la tête d’un pédophile

Pardon Alice, ou les regrets d’un pédophile qui a abusé de sa petite nièce

 

Alice, il y a longtemps que je me soigne. D’abord, j’ai été puni, comme un enfant. Depuis, ils me traitent en adulte, ils tentent de me faire comprendre qu’entre toi et moi, il y a un monde, un âge, des frontières qui ne s’abolissent pas. Il y avait mon plaisir qui n’était pas le tien, même si tu ne disais rien, même si tu m’aimais bien.

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