INSIDE La femme à l'ombrelle, Claude Monet, 1875

Mon mari, tu peins la douceur de vivre pour qu’elle nous contamine enfin. Dans tes tableaux, tu m’as parée d’élégants habits, transformée en cliente de luxueux hôtel, à Trouville, quand nos logions dans une miteuse pension, tu m’as placée dans les plus beaux parcs et les plus beaux jardins. Pourtant à la pauvreté s’est additionnée la maladie et je souffre de poser parmi les coquelicots et les fleurs des champs plutôt que de me reposer dans notre lit. Oh j’aimerais croire comme toi que la nature me transmettra sa force vitale, la sève des arbres coulant dans mes veines, le parfum des fleurs devenant philtre magique. Pourtant la maladie avance, je le sens,  je ne renaitrai pas avec le printemps. Regarde : dans tes tableaux je suis toujours plus évanescente, je m’efface dans le décor, frêle silhouette s’en allant lentement, bientôt fantôme. Dans celui que tu peins en ce moment, La femme à l’ombrelle, un nuage passe sur mon visage, je suis déjà dans le ciel. Mon regard inquiet et mélancolique te fait ses adieux mais n’ose pas encore se tourner vers Jean.  Notre fils se tient plus loin, attendant que je le rejoigne, que je lui courre après, déclenche ses rires. Tu le dessines inquiet lui aussi, mais enraciné. Il te regarde fixement, pressentant que c’est avec son père qu’il lui faudra compter à l’avenir, quand sa mère affaiblie ne sera plus. Claude, n’attends pas que ma mort advienne, l’agonie peut être longue et je m’en voudrais de voir mon mal gangréner ton art, assombrir tes tableaux. Nous tenterons encore de faire un frère ou une sœur à Jean, pour que notre aîné renoue avec la légèreté, que tes palettes s’enrichissent de nouvelles couleurs. Mais je ne suis pas certaine que cela suffise. Je sais que tu trouves en cette autre femme, Alice, du réconfort lorsque je souffre trop. Elle a des enfants elle aussi, des filles qui aiment probablement batifoler parmi les fleurs. Vois-là souvent, je te l’autorise. Peut-être qu’avec elle, quand je ne serai plus, la vie ressemblera enfin à tes toiles. Des collectionneurs s’arracheront ces dernières, tu habiteras une grande maison entourée d’un magnifique parc, d’un étang et d’un pont japonais. Moi je serai rendue à la terre, devenue matière d’où pousseront les fleurs de ton jardin. De ce paradis, tu tireras tes plus belles œuvres.

 

Camille Monet décède en 1879 d’un cancer de l’utérus. En 1878 Alice Hoschedé et ses trois enfants s’installent avec le couple. Elle et Monet sont amants depuis trois ans.

lun.

13

nov.

2017

Inside Hortence Fiquet donnant le sein à son fils, 1872, Paul Cézanne

Paul, ceci est le tableau auquel je ne m’attendais pas. Pour lequel je n’ai pas été contrainte à poser des heures durant, patiente, muette, le dos brûlant d’immobilisme, mes pensées également forcées à l’attentisme, pour ne déranger ni mon expression ni ma position. Ceci est le tableau qui ne m’a demandé aucun effort, celui qui s’est fait sans moi. Je devrais te remercier, en être heureuse, tu as su immortaliser mon bonheur le plus absolu. Tu es parvenu à me saisir alors que mon esprit et mes sens s’envolaient vers la félicité. Tu m’as volée. Tu m’as pris ce que tu ne pouvais vivre qu’à travers moi. Laisse-moi t’en détester un moment. Je ne suis pas faire pour la colère, je suis bien plus un être d’abnégation, à ton service, plus qu’à celui de notre enfant, qui grandira, qui partira. Mais je t’en veux d’avoir été là, lors de cette sieste qui échappait au temps. Je me croyais seule avec le secret de cette béatitude. Seule au comble de la joie, mère nourricière et sensuelle, je ne faisais qu’un avec mon petit, il tétait pendant que je jouissais de sentir ses lèvres tendres, voraces, avides de moi. C’est une extase de sentir que la survie d’un être dépend de nous. Une félicité qu’aucun homme ne saurait procurer ni ressentir, ni aucune femme soupçonner avant de devenir mère. L’allaitement est le plus grand, le plus beau de mes rôles.  Il est le prolongement de ma grossesse. Ce qui se passait à l’intérieur se poursuit à l’extérieur, et la fusion demeure. J’ai à peine réalisé que désormais tu pouvais assister à notre communion.  Je ne désirai pas te la partager. Je voulais bien les nuits à te lire Baudelaire pour que tu te rendormes, les séances de pose, le ménage à tenir, le froid pour réduire les dépenses, la clandestinité pour que tu échappes à l’armée. Mais cette sieste, elle n’appartenait qu’à mon fils et moi.

Quoi, je rougis ? Quoi, mes yeux s’injectent de sang ? Ah oui, pardon, je pose. Seule dans mon fauteuil face à toi, pendant que notre enfant, maintenant, joue. Les années ont passé, il ne se nourrit plus de moi et mes seins ne ressemblent plus à ces pommes autour desquelles tu tournes inlassablement. Mes seins, notre fils serait gêné d’apprendre qu’il retrouvait leur chemin dans l’obscurité, qu’il se hissait jusqu’à eux, quand l’appétit venait, et que ceux-ci l’appelaient aussi, sentant en même temps que lui qu’il était l’heure de son repas. Ma poitrine, Paul, ne sert plus qu’à toi, parfois. Si tu savais à quel point la nostalgie m’étouffe alors que tu me peins, impassible, comme tu me désires : boule, volume, couleur, objet… je suis si loin d’Hortence Fiquet…  

 

Cette toile présentant Hortense Fiquet donnant le sein à son fils n’est redécouverte qu’en 2015

mer.

29

mars

2017

INSIDE Mary Shelley writing Frankenstein, de Karen Kilimnik, 2001

C’est par une joyeuse journée de mars que je contemple encore un peu ce tableau où tu me représentes, Karen, mon américaine. Ainsi, d’auteur je suis devenue personnage, fantasme de plasticienne,  projection d’artiste contemporaine. Ma résurrection est certes plus agréable que celle de mon monstre de fils. Ici, dans cette salle de musée genevois, mon esprit a navigué entre ta toile et celle de Richard Rothwell, pour qui j’avais posé en 1840. Je me reconnais bien dans cette dernière, douce et grave, « enfant d’amour et de lumière » écrivait mon mari. Mais je me préfère dans ta proposition : cheveux négligemment relevés, frange brouillonne, air mutin et inspiré, tenue rouge et noire de vampire ; Enfin Karen, tu confonds tout, mais qu’importe, cela me sied mieux qu’une peau jaune en lambeaux, ou les yeux ternes et délavés de mon héros. Je semble légère comme je ne l’ai jamais été. Qu’il est rafraîchissant de contempler mon portrait sans y trouver, tapis dans la tristesse de mon regard, la mort de mon premier enfant, le pressentiment de la perte des deux suivants. Mes bras se tiennent derrière mon dos et pourtant tu m’appelles Mary Shelley écrivant Frankenstein. Tu as raison, l’écriture commence bien avant que la main ne s’aventure sur le papier. L’inspiration aurait-elle surgit si je n’avais pas déjà perdu un fils ? Me serais-je autant intéressée aux progrès de la médecine et de la science, inquiète et fascinée ? Coupable, aussi, de rêver à des résurrections qui ne pouvaient être que du ressort de notre Créateur. C’est par une sombre nuit d’été que ma vision a surgit, tard dans la nuit, dans une maison de Cologny. Le temps dehors n’était ni gris ni pluvieux, il était noir et tempétueux. Il n’était pas propice à un ennui mou et stérile. Il était violent comme ma souffrance, comme ma colère et mon refus de capituler devant un impossible deuil. Pour m’accrocher à la vie, il me fallait créer. Mon monstre serait à l’image de celui que j’avais porté dans mon ventre, une imperfection de la nature. La création du docteur Frankenstein serait aussi déficiente que mon œuvre de mère. J’étais cruelle avec mon personnage pour ne pas m’apitoyer sur mon sort, peut-être aussi pour me punir d’avoir raté ce dont la majorité des femmes sont capables. Il n’y a pas grand chose de tout cela dans ton tableau, Karen. Tant mieux, le temps n’est plus aux sinistres nuits, et mes portraits quittent Genève pour laisser éclore le printemps.  

Alors que se clos L’exposition « Le retour des ténèbres » du musée Rath, dans laquelle étaient exposés les portraits de Marie Shelley, d’autres œuvres de Karen Kilimnik sont à voir jusqu’au 7 mai au MAMCO.

 

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mar.

17

janv.

2017

Portrait de Valentine Godé-Darel malade, Ferdinand Hodler, 1914

J’ignore si c’est la maladie ou le dégoût qui me provoque cette nausée. Ferdinand, et ma douleur ? Est-elle due au cancer qui me ronge ou à toi qui me vole ? À ton regard qui scrute mon visage, à ta main qui traduit minutieusement sur la toile, sans égards pour ce que je reste. Ferdinand ne vois-tu pas que je suis encore derrière ces joues amaigries, ces yeux fatigués, ce front inquiet ? Ne reconnais-tu pas celle que tu as aimée ? Arrête. Regarde-moi sans me dessiner. Prends-moi dans tes bras. Embrasse-moi le front. Offre-moi une lueur de tristesse qui viendrait immobiliser ta main. Un chagrin qui t’empêcherait de continuer. Une pudeur, au moins, face à ma déchéance.

Personne ne devrait avoir à agoniser devant témoin. Je me laisse faire pourtant, à l’affut d’un peu de tendresse. Hélas, je sens ton amour décliner à mesure que je me tords, que je me creuse. Je me sens devenir cadavre sous ton pinceau. Tu précipites la fin de Valentine pour traquer la Mort. C’est elle, que tu veux trouver, représenter, exposer. Elle qui t’es si familière. Rendez-vous compte, toute sa famille sauf lui, ses parents, ses frères et sœurs, tous emportés par la tuberculose. Et alors !? Cela te donne-t-il le droit de venir me nier pour retrouver ta vielle ennemie ? Tu es ma punition. Me suis-je trop enorgueillie d’être le modèle du tableau que tu as intitulé La Splendeur des Lignes, titre qui conférait à ma grâce un caractère presque scientifique ? Pourtant non. J’ai simplement été heureuse d’être un temps ton élue.

Peins, alors. Mais que ceux qui observeront les tableaux de mon agonie me voient moi, davantage que la mort. Moi, digne et glaciale, mon regard te dénonçant aux yeux du monde. Je serai une victime vengée à chaque fois que, dans un musée, on te méprisera de m’avoir ainsi volé mon intimité. Je veux que l’on se souvienne de toi pour cette série de tableaux crus et brutaux, autant que pour tes paysages aux lignes claires et aux couleurs minérales. Alors, tes couchers de soleil perdront leur faculté d’émouvoir, et partout où l’on voyait l’œuvre d’un cœur droit et pur on ressentira la froideur d’un homme trouble. Va-t’en, maintenant, tenter de séduire Gertrud, laisser exploser ta joie de la retrouver. Mais reviens demain et jusqu’à ma mort. Jusqu’à ce que ces portraits de moi contaminent ton œuvre, et que ta légende soit entachée. 

 

Alors qu’il peint l’agonie de Valentine, Hodler réalise aussi pour son amie Gertrud Müller un autoportrait malicieux et séducteur. 

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jeu.

13

oct.

2016

Saskia, portrait posthume. Rembrandt, 1643

 

Mon cher mari, j’aime que tu te souviennes de moi ainsi que tu me peints aujourd’hui, les traits apaisés, mon regard tendrement posé sur toi et notre enfant, plutôt que malade, mourante, seule et désespérée de me sentir partir loin de vous . Mettras-tu mon portrait dans le salon, que vous profitiez tous les deux de moi, que je devienne, si ce n’est plus ni ta femme ni sa mère, votre ange gardien ? Je me souviens encore de tes premiers tableaux de moi, joyeuse, mutine, ivre de notre amour. Et des suivants, où je me fais plus grave, plus mélancolique, portant les deuils successifs de trois de nos petits, prenant mes distances face au chagrin et face à ce monde dont la vanité avait fini par m’apparaitre cruelle. Aujourd’hui je ne suis plus ni joyeuse ni détachée, mais sereine, et heureuse que tu me gardes ainsi près de toi. J’ai pu suivre tous les passages du temps sur tes portraits, car tu es le peintre de la vérité. Tu sais t’extraire du baroque et de ses artifices pour faire parler les âmes, poser sur tes toiles les profondeurs de l’humain. Continue, Rembrandt, et si tu n’arrives plus à représenter le bonheur, attache-toi à immortaliser les douleurs des humbles ou des malades. Peins le chagrin, les désillusions, la lassitude qui marquent ton visage. Peins les angoisses, les secrets de ceux que tu perces à jour grâce à ton crayon, à ton pinceau. Peins le temps qui passe sur les êtres, l’obscurité autant que la lumière, et même davantage si le monde te paraît trop sombre. Intéresse-toi aux vieux et les indigents, toi seul peux les rendre émouvants, par l’humanité et la compassion qui te caractérisent et qui ne cessent de grandir en toi depuis que je t’ai quitté. Ta souffrance t’a ouvert à celle des autres, mon cher mari. Ma mort est ainsi une étape dans ton parcours artistique, ton talent s’épanouit à mesure que ton cœur saigne, c’est une chance pour l’artiste et une malédiction pour l’homme. Rembrandt, en l’homme, n’oublie pas le père. Prends soin de Titus, aime le doublement maintenant que je ne suis plus là pour lui témoigner toute ma tendresse. Dans tes portraits de lui, mets de la lumière, une belle lumière qui rejaillisse sur sa personne, qui éloigne de lui le malheur, une lumière comme si je l’entourais et je veillais sur lui, depuis là où je suis. Je te laisse à mon tableau, n’oublie pas s’il te plait de mettre un peu de rose sur mes joues, sur mes lèvres, cela m’a manqué de ne plus me voir belle, pendant ma maladie.  

 

Saskia meurt en 1942, huit ans après avoir épousé Rembrandt, et quelques mois après avoir donné naissance à leur fils Titus.

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lun.

18

juil.

2016

Portrait de Marcello, Edouard-Théophile Blanchard, 1877

Edouard, peins-moi en artiste et en femme du meilleur monde, je veux voir Marcello en moi, et la duchesse de Castiglione Colonna. Dans le portrait de Gustave Courbet, je retrouve celle que j’étais, la fribourgeoise Adèle d’Affry, avec ses rêves et ses doutes quand à leur réalisation. Dans le tien, je veux paraître sûre de moi, travailleuse acharnée ayant récolté les fruits de ses efforts, afficher un sourire sans coquetterie, un regard fier portant ses traces de lassitude, celle de la lutte pour me faire accepter en tant que sculpteur, en tant que Duchesse. Aujourd’hui je suis l’auteur de la Pythie, la plus moderne, la plus inspirée de mes œuvres, de mes filles. Elle orne le nouvel opéra Garnier et veille à ce que sa mère entre dans la postérité. Maintenant que la Pythie m’assure une part d’immortalité, je peux souffler un peu, tousser un peu, oh Edouard, j’ai mal au corps, je me suis épuisée à sculpter mes marbres, ou à les faire sculpter par des assistants sans talent et sans manières. Je souhaite me reposer un peu, et peindre, et entendre Delacroix me dire que mon génie égale le sien, cela n’arrivera probablement pas, qu’importe, ne m’entends pas penser, laisse-moi rêver, j’en ai le droit, mes filles travaillent pour moi, s’exposent pour que mon nom ne tombe pas dans l’oubli, grâce à elles je crains moins la maladie. Peins-moi face à une de mes créations, mon buste de la Gorgone, comme un double mythologique qui jamais ne meurt ni ne vieilli. Et insiste sur ma visite, ce vêtement précieux que je porte négligemment. Elle est en soie violette, elle est richement ornée, elle doit signifier à ces pingres de Colonna que malgré la mort de mon éphémère mari, ma maigre rente de veuve et mes trop rares tenues de soirée, je me suis hissée jusqu’à Napoléon III et sa cour, devenant l’amie des puissants. Si j’ai eu ici mon titre pour me servir, dans le milieu des artistes j’ai eu mon pseudonyme, Marcello, et quel talent, quelle virilité dans les pièces de ce sculpteur aux mains si fines, à croire qu’un homme l’habite vraiment. Je suis restée veuve parce que je n’ai pas trouvé d’homme qui puisse m’élever. Je suis demeurée Marcello car la jalousie et le persiflage des femmes m’ont coupé l’envie de me battre à leurs côtés. Et tant pis si mon regard semble condescendant dans ce portrait que tu achèves, c’est à moi seule que je dois mon émancipation.

 

La maladie emporte Marcello en 1879. Les œuvres qu’elle laisse derrière elle sont à voir notamment au Musée d'art et d'histoire Fribourg et à la Fondation Marcello, à Givisiez. La Pythie trône toujours devant le grand escalier de l’opéra Garnier. 

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mer.

18

mai

2016

Victorine Meurent dans Le déjeuner sur l'herbe d'Edouard Manet, 1863

Edouard, est-ce mon corps qui s’adresse à toi, ou ma tête, puisque je suis si peu sujet ? Ma nudité est celle de ton épouse, seul mon visage est représenté sur ta toile.  Qu’importe Edouard, s’il y a autant de Suzanne que de moi-même dans l’insolente de ton tableau, nous savons tous trois que je suis bien davantage lumière, tâche blanche, partie de ce tout qui fait ta nouvelle œuvre, référence aussi, je rappelle Le concert champêtre de Titien, comme d’autres modèles dans le futur imiteront, transcenderont ou parodieront ma pause. Et dans ces œuvres prochaines, une nouvelle fois, le public ne verra que le sujet au lieu de s’attarder sur la composition.

C’est cette conscience de faire partie d’un tout qui m’autorise à me tenir sans rougir nue entre deux hommes habillés, mais pas encore là. Ton frère et celui de Suzanne me rejoindront plus tard, lorsque ma séance de pause sera terminée et que ma représentation les attendra, amusée, sur cette toile encore inachevée. Amusée, je le suis aussi par le scandale que nous allons provoquer, et mon sourire est un bouclier contre les regards outrés qui se poseront sur mon image, et contre les calomnies dont fera l’objet ma personne. Quoi, des œuvres représentant des femmes nues, il y en a eu des centaines avant moi. Mais je suis grandeur nature, si réelle, si quotidienne, si peu allégorique, mythologique ou déesse. Je suis nue entre deux bourgeois qui viennent peut-être de nous consommer, moi et la baigneuse, renversant le panier de fruits de notre déjeuner et froissant nos habits. Je suis nue, je sèche au soleil, les hommes s’entretiennent de choses élevées maintenant qu’ils ont cédé à leurs bas instincts, et je regarde le spectateur d’un air qui signifie au suivant.

Ah, mon cher Edouard,  j’en ris et tout est bien ainsi. Si le public savait ma solitude pendant ces temps de pause, ta concentration, notre chaste complicité, s’il comprenait que ton tableau est politique bien plus qu’érotique, un manifeste en faveur d’une nouvelle conception de l’art, s’il s’attardait sur ta nature morte si parfaitement maîtrisée au lieu de me regarder moi, ton tableau passerait inaperçu. Tu as des amis, des alliés, Edouard, profites-en pour choquer, et marquer ton temps.

 

Edouard Manet avait pour compagnons habituels Charles Baudelaire, Henri Fantin-Latour, Théophile Gautier ou encore Emile Zola.

 

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mer.

18

mai

2016

Manao Tupapao, Paul Gauguin, 1892

J’aime que tu me traites en femme alors qu’avant toi je n’étais qu’une enfant. J’aime que mon regard te brûle, et toi luttant pour ne pas lâcher ton pinceau, venir me rejoindre, céder à notre désir. Peins-le, mon regard, montre tout ce qu’il est, une invitation, une supplique, une prière. Vois combien je crains le mort que tu esquisses derrière moi, combien je compte sur toi pour me sauver, je me languis de toi et de ton corps. Peins-moi nue mais ne montre ni mes seins ni mon pubis ; ils t’appartiennent. Je ne suis pas les blafardes Maya de Goya ou Olympia de Manet*, mais je leur rend hommage et les prolonge. Allongées sur le dos, elles montrent ce que je cache, allongée sur le ventre je révèle ce qu’elles dissimulent. Tu veux que nos regards à Olympia, Maya et moi soient communs, qu’ils brillent de la même insolence, soit, je serai noire comme elles sont blanches, toutes trois belles et fières, certaines de nos effets, défiant les hommes et moi ma peur du revenant.

Paul, je le crains moins depuis que tu es près de moi. Je sais que tout à l’heure nous lui opposerons le feu, je sais que le sang circule dans nos veines, qu’il cogne contre nos tempes, que nous ferons jaillir la vie, neutralisant la mort, le plus longtemps possible.

Je n’ai plus peur, Paul, ajoute du violet, un beau violet mystérieux en arrière plan, indice de passerelles entre le monde des morts et des vivants. Laisse quand même la lumière dans la chambre, que le revenant ne s’approche pas de trop près, que sa main ne se tende pas trop en ma direction, je ne veux pas qu’il m’effleure, Paul, je refuse que tu me figes dans une posture qui annoncerait la victoire des ténèbres, tiens-le à distance, qu’il puisse nous observer nous aimer, sentir que ce n’est pas son heure, et patienter ailleurs. Viens me couvrir de ton corps, maintenant, m’enlacer pendant que je dors, jusqu’à ce que la lumière du jour efface les traces de l’invisible.

Paul, le revenant, tu l’as dessiné comme s’il était un des miens, pourtant c’est toi qui reviendra un jour me hanter. Et je me laisserai effleurer, et je me laisserai prendre.

  

*L’audace des tableaux La Maya nue de Goya (1800) et L’Olympia de Manet (1863) est aussi dans l’expression des visages des modèles, qui semblent heureuses de leur attrait. Souhaitant s’éloigner des canons de beauté en vigueur, Gauguin s’est inspiré de ces tableaux sans montrer les attributs classiques de la féminité. Il peint sa jeune maîtresse tahitienne dans une posture qui ajoute au mystère du tableau.

 

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sam.

02

avril

2016

La femme en pleurs, Pablo Picasso, 1937

Vas-y, salaud, peins-moi en larmes, peins-moi en souffrance, en cris, en déchirements, et en angoisses. Peins-moi vaincue, perdue, dépendante, au désespoir d'être à ta merci. Peins-moi pleurant sur le drame de Guernica, sur le bombardements de milliers de civils, sur la mort de femmes et d'enfants; et sur mon sort. J'étais la belle, talentueuse, fougueuse, ambitieuse Dora Maar. Je ne suis plus que ta maitresse. Ton illégitime. Ton modèle. A peine ta muse. Tu es content, hein? Bien sûr, tu souffres sur ton tableau de Guernica, tu plains ces civils morts sous les bombes fascistes. Mais tu es content. De jouer ici, dans ton atelier, le rôle du bourreau, du briseur d'âme et de destin, sans en ressentir la moindre culpabilité puisque parallèlement à moi brisée, tu peints la guerre civile espagnole, puisqu'aux yeux du monde, tu seras celui qui a dénoncé la barbarie grâce à un tableau rempli d'horreur.

         J'étais Dora Maar la prometteuse photographe qui fréquentait Cartier-Bresson.

         Tu me fais devenir Dora Maar l'élève, la peintre qui s'essaie au cubisme pour plaire à son tyran. Dora Maar la zélée sans talent, l'admiratrice béate de son maître.

         Je te sais minotaure dominateur. Je te sais manipulateur. Et je me sais ta victime. Et je me laisse faire. Et je me laisse peindre dans ma déchéance. Et je suis follement, bêtement consentante. Vas-y peins-là, ma douleur. Je suis jeune et belle aussi quand je pleure, peut-être finiras-tu par te lever, me consoler, me demander pardon, me redonner confiance en moi. Hein Pablo? Tu dis m'aimer, on ne fait pas autant de mal à la femme que l'on aime. Dis-moi que tu crois en moi, que je fais une piètre peintre comme toi tu ferais un piètre photographe, que ce n'est pas grave, que je dois revenir à mon art à moi, celui où j'excelle. Dis-moi que tu aimes quand les autres m'admirent, que tu en ressens de la fierté, dis-moi que tu me préfères courtisée qu'enfermée à jouer les modèles en pleurs. Oh Pablo, comment puis-je me laisser ainsi devenir ta proie, ta chose? J'aimerais m'arracher le visage, me trouer la peau, Pablo sauve-moi au lieu de m'assassiner. Cet amour me tue, cet amour m'étouffe, Pablo tu ne me sauveras pas, j'en perds la raison. 

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sam.

02

avril

2016

Femme au verre de vin, Bernard Buffet, 1955

Mon cher Bernard, laisse-moi boire et oublier ta tristesse, tes blessures, ton désespoir. La guerre est finie, Bernard, depuis dix ans déjà, oublie-la un peu, viens t'assoir près de moi à cette table que tu peins, viens boire avec moi ce vin de ta composition. Oublions un peu, ensemble, nos misères, nos errements. Viens, ils y arrivent bien, les autres, à être heureux. Pense au chant des oiseaux, au printemps, pense à cette communauté européenne qui se crée et nous gardera peut-être d'une prochaine guerre, oublie ces corps décharnées, ces cadavres amoncelés, pense aux fleurs, celles qui s'ouvrent et s'offrent, pas celles qui ornent cette pauvre tapisserie défraîchie derrière moi. Pense à un bain chaud, au vin que l'on déguste pour s'enivrer entre amis, pas à celui que l'on boit seul, pour oublier, pense à la mer, à Pierre Bergé, que sais-je. Bernard, ne te faudrait-il pas une femme, plutôt que Pierre? Une femme, peut-être qu'elle saurait rendre ta vie un peu plus douce, toi un peu moins écorché. Une femme pas comme moi, moi je t'évoque ta mère, et cela ne fait qu'accentuer ta douleur. Une femme plus jeune, plus gaie que moi. Bernard, j'en ai marre de poser pour toi. Ça me tombe dessus comme l'encre noire de tes cauchemars. Si au moins dans mon verre il y avait autre chose que du Beaujolais nouveau. Un vin très rouge, très dense, de ceux qui endorment les sens et réveillent les sentiments. Un jour, un vénitien de passage m'avait fait boire de l'Amarone. La prochaine fois que je pose pour toi, j'aimerais déguster ce nectar-là, avec toi, et ne plus subir tes coups de pinceau, tes coups de griffe sur mon front, mon sourire, mes yeux. J'ai toujours pensé que la vieillesse était belle à condition qu'elle soit douce. Je n'aime pas que tu durcisses mes traits, mais j'aime cette veste d'homme que tu me fais porter, qui recouvre ma maigreur, qui enrobe et protège. Et ce regard que tu me dessines, tendre et dépité, oui, et maternel et inquiet, c'est bien moi lorsque je suis face à toi, mon cher Bernard. Vas-y, peins, puisqu'il n'y a que cela qui te fasse du bien, peins mon enfant, et console-toi comme tu peux. 

 

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sam.

02

avril

2016

La Joconde, Léonard de Vinci, 1506

Leonardo j'en ai marre de poser, ça fait plus de deux ans que ça dure, deux ans, tu te rends compte! Si au moins tu me peignais moi, ton petit diable de Salaï, mais non, il faut que je pose pour devenir Madonna Lisa Del Giocondo. Tu n'as fait que deux ou trois croquis d'elle et depuis c'est moi, ton modèle, moi que tu tortures pour finir cette satanée toile. Il y a longtemps qu'il ne s'agit plus d'elle sur ce tableau, sinon tu l'aurais terminé, tu l'aurais légué à Francesco del Giocondo et il trônerait dans leur nouvelle villa.

         Tu veux y mettre quoi encore, dans cette toile? Ta mère peut-être? Mais oui, tiens, pourquoi pas, ton homme et ta mère ensembles réunis dans cette pauvre Lisa Del Giocondo qui n'a rien demandé. C'est pour cela, le voile sur mon visage? Ça te rappelle ta sainte mère venant d'accoucher de son petit génie de fils? Et ce sourire si serein, si épanoui de femme comblée. Mais il contient aussi un peu de ma malice, n'est-ce pas, amore? Et si tu mettais un peu de toi aussi, dans ce portrait? Oh oui ça me plait ça, toi et moi réunis dans ta plus plus belle œuvre. D'accord j'arrête de bouger. De parler. De penser, même. Ou juste un peu, tu sens là, à quoi je pense? Allez Leonardo, partons-nous détendre un peu, tu es si beau quand tu peints, ça me donne d'autres idées. Ensuite on pourrait tester ta machine à voler dans ces terres si belles que tu dessines là, derrière moi. Ou se cuisiner un gros morceau de viande rouge et saignante. J'ai faim, Leo, j'en ai assez de manquer d'argent parce que tu tiens absolument à rembourser nos dettes. Quittons Florence, partons comme des voleurs, regagnons Milan, tu finiras notre portrait là-bas!

         ... Leonardo, tu m'apprendras la technique du sfumato? Je rêve d'obtenir un jour cet effet vaporeux, mystérieux, qui enveloppe ton tableau. Tu te fais vieux, mais tu es de plus en plus génial. Un jour te me peindras, moi? Ouvertement moi? Tu pourrais me faire en Saint Jean-Baptiste par exemple? Dans un tableau où je n'aurai pas besoin de me couvrir pour cacher mon absence de seins? Oui? Et moi, tiens, pour me venger du temps que tu me fais passer assis et immobile, je ferai  une Lisa del Giocondo découverte, mon sfumato sera peut-être moins maîtrisé que le tien mais on verra les seins de ta Madonne, de beaux gros seins en forme de pomme. Ne ris pas Leonardo, prends-moi au sérieux de temps en temps! Ou non, mais accorde-moi une pause avec toi, dans tes bras.

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sam.

02

avril

2016

L'Origine du monde, Gustave Courbet, 1866

         Gustave, ne serais-je prise que par ton pinceau? Je sens ses poils sur ta toile, je sens la peinture qui s'étale et tes doigts qui s'affairent, toujours ailleurs que sur moi. Gustave faut-il que ton pinceau nous serve à jamais d'intermédiaire? Ne vois-tu pas mes lèvres qui se gonflent? Oh, le désespoir de la muse, mon cher Gustave, c'est d'aimer son peintre, alors que le peintre aime uniquement ce qu'il fera naîtra d'elle. Ton regard me transperce mais ne me voit pas. Tu me prends par petits bouts, petites parcelles de moi, et tu oublies que je suis celle qui les relie.

         Je t'aurai Gustave. Une fois que tu auras cessé ta transe, que j'aurai refermé les jambes, me serai levée pour venir jusqu'à toi admirer ton travail. Une fois que j'aurai versé du vin dans ton verre et que tu oublieras un temps ton œuvre. Tu lèveras les yeux sur moi, tu ne penseras plus à me peindre, tu enfouiras tes mains dans ma chevelure, tu saisiras ma bouche et tu seras mien. Mien, jusqu'à ce que mon corps alangui contre le tien, trop vite rassasié, t'inspire une nouvelle toile.

Oh Gustave, je vais dormir un peu, puisque mon entrejambe et toi vous passez de moi. N'oublie pas de brunir mes poils, que James* ne me reconnaisse pas, ou pas trop douloureusement. Gustave, as-tu conscience que ton tableau mettra fin à six ans d'amour? Et à ton amitié avec ton élève préféré. Je sais bien que c'est surtout moi que ça regarde. Mon désir pour James s'est envolé mais mon amour reste, et il  m'est difficile de me résoudre à le blesser. Il voulait me faire un enfant, et je suis là à poser pour L'origine du monde. Ne serais-je à l’origine que de tableaux ? Me peindras-tu à nouveau, si j'enfante? Ou perdrais-je de mon attrait? James m'aurait aimée encore davantage si notre amour avait produit ses fruits. Pas toi. Toi tu n'aimes que ton art. D'ailleurs, je ne m'aime pas sur ton dernier tableau, celui que tu appelles La belle irlandaise. Je me préfère sur celui de James, La fille en blanc. J'y suis douce et aimante, on sent le peintre amoureux de son modèle. Dans La belle irlandaise, je ne sens pas ton amour. Je suis aussi froide que le regard que tu portes sur moi. Sentirais-je au moins ton désir, dans L'origine du monde? 

 

* James Abott Mc Neill Whistler, peintre américain lié au mouvement symbolique et impressionniste. Amant de Joanna Hiffernan, de 1860 à 1866. La belle irlandaise a probablement servi de modèle à Gustave Courbet pour L'origine du monde.

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lun.

21

mars

2016

La Danaïde, (Camille Claudel) d'Auguste Rodin, 1890

Je représente une de ces femmes punies pour avoir tué leur mari. Une Danaïde condamnée à remplir éternellement une jarre percée. Tu me sculptes rendue, éreintée par mon absurde tâche, mes larmes et mes cheveux liquides se mêlant à l’eau de la jarre qui coule irrémédiablement. Je pleure certes, mais ce n’est pas de penser aux Danaïdes, je pleure tant notre amour m’épuise, et c’est bien plutôt toi, l’amant, qui sacrifie son aimée en refusant de devenir son mari, de renoncer à la vieille. Oh laisse moi l’appeler la vielle, ta Rose, à moins que tu ne préfères la laide, la soumise, la sans talent, ah ! elle est mère de ton enfant, et alors ? Moi aussi je peux t’en faire, des enfants, tu sculptes mon dos, ma nuque mais mon ventre ne demande qu’à être pétri, et à se tendre vers tes mains qui l’immortaliseraient plein.

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jeu.

04

févr.

2016

La naissance de Vénus, Sandro Botticelli, 1485

Allons donc Sandro, je suis morte et tu me fais renaître à nouveau. Je suis morte et à vous autres vivants, peu vous importe. Je suis morte et c’est si confortable de ne jamais m’avoir aperçue vieillie et enlaidie. Alors vous pouvez vous souvenir sans que la réalité ne vienne s’en mêler, vous pouvez créer, alors je peux être une des trois grâces, Venus, Pallas ou simplement la belle Simonetta Vespucci que vous gardez éternelle. Et tu me peints sortant des eaux, majestueuse et prude, une de mes mains couvrant un de mes seins, mes cheveux longs masquant ma toison. En guise de vulve, une métaphore, cette conque ridicule de laquelle je sors. Et me voici devenue déesse de l’amour et de la beauté, alors que j’étais malade et désespérée de devoir m’y résoudre. Tu aurais pu me peindre sur mon lit de mort, souffrir avec moi, peut-être même, qui sait, inscrire ma maladie sur ta toile, la faire sortir de mon corps pour la déposer ailleurs. Tu aurais pu rester à mon chevet, me tenir la main pendant que j’agonisais, ou prier Dieu, supplier les médecins… Tu as préféré attendre, comme les autres.

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sam.

12

déc.

2015

La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1831

Eugène, tu n’as pas vaincu pour la patrie, mais tu peins pour elle. Et tu me peins moi, l’aristocrate devenue peuple sous ton pinceau, mère de ce peuple, et le guidant vers la liberté, l’égalité, la fraternité. Merci Eugène. Les femmes qui sont riches et épouses de puissants ont si rarement droit à l’héroïsme.

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ven.

06

nov.

2015

La lippina ou La vierge à l'enfant avec deux anges, Filippo Lippi, 1465

Mon cher mari, j’étais fille de marchand, j’étais none sans ferveur dans un couvent voisin du tien. Tu étais moine bien moins que peintre, tu as eu raison de ma vocation de religieuse. Tu as plié devant la grâce de ma silhouette, la beauté diaphane de mon visage, je me suis perdue dans tes regards ardents de désir, devant tes demandes fermes et passionnées. De mon ventre plein de nos délicieux ébats nous est né un fils, et telle la sainte famille nous avons fui, bannis, menacés de mort, choisissant Rome plutôt que l’Egypte. Ton talent nous a valu d’être graciés par le Pape et me voici, pécheresse réhabilitée, incarnant la vierge dans tes merveilleux tableaux.

L’art est saint, mon cher mari, et l’amour qui nous unit divin. Peins-moi. 

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mar.

22

sept.

2015

Les Vieilles de Francisco de Goya (1808-1812)

Même pas fauchées, nous nous apprêtons à être balayées comme deux misérables grains de poussières, ma chère. Et l’autre, Chronos là derrière nous, Don Francisco de Goya le peint vieux mais pas décrépi, tu as remarqué ? Tu me diras, c’est une propriété des hommes, de vieillir sans trop se ratatiner, une injustice de plus ma chère, eh oui. Cela dit, nous sommes là à poser alors qu’eux sont au front actuellement, ils vont nous revenir dans un sale état aussi, pour autant qu’ils reviennent, n’est-ce pas ? Oui, posons et taisons-nous.

Il n’aurait pas du nous montrer l’avancée des travaux, Don Francisco, j’ai beau savoir que je suis à l’agonie, de me voir ainsi fardée et caricaturée, à peine, hélas. Enfin, c’est toujours une façon d’entrer dans l’immortalité. 

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